
Sept mois après leur premier combat, le champion du monde Oleksandr Usyk et son grand rival Tyson Fury remontent sur le ring ensemble. Samedi 21 décembre, à Riyad, l’Ukrainien espère prolonger sa suprématie sur les poids lourds, tandis que le Britannique cherche à venger la seule défaite de sa carrière. Le premier affrontement, disputé dans la nuit du 18 au 19 mai 2024, avait été à la hauteur des attentes. Usyk s’était imposé par décision partagée, devenant au passage le premier champion incontesté des poids lourds depuis Lennox Lewis en 1999. Ce statut lui avait permis d’unifier les quatre principales ceintures de la catégorie, avant que l’IBF ne change de mains.
Un premier combat entré dans l’histoire
La première rencontre entre les deux hommes restera longtemps dans les mémoires. Tyson Fury, invaincu en 35 combats, entamait la soirée en favori aux yeux de nombreux observateurs. Il utilisait sa grande taille pour boxer à distance, mais Oleksandr Usyk, grâce à un pressing constant et à des combinaisons rapides, a progressivement pris l’ascendant. Le moment décisif est intervenu dans la phase finale du combat, lorsque Usyk a envoyé Fury au tapis. Le Britannique s’est relevé, mais les juges ont rendu une décision partagée favorable à l’Ukrainien. Fury et son entourage ont contesté le verdict, sans que la décision ne soit revertible. Cette défaite reste la seule de la carrière du « Gypsy King ».
Un combat pour trois ceintures
Pour cette revanche, l’enjeu sera cependant légèrement différent. Depuis son sacre, Usyk a en effet décidé de renoncer à sa ceinture IBF, finalement attribuée au Britannique Daniel Dubois. Les trois autres titres, ceux de la WBA, de la WBO et de la WBC, seront en jeu samedi soir. C’est donc un nouveau chapitre de l’histoire de la boxe poids lourds qui s’écrira dans l’enceinte saoudienne, devenue au fil des mois le rendez-vous incontournable des grandes soirées de boxe. Les deux hommes, qui se connaissent désormais parfaitement, devront faire la différence sur des détails.
Une pression montée d’un cran
À l’approche de cette seconde salve, la pression est montée d’un cran. Jeudi, lors de la traditionnelle conférence de presse, les deux boxeurs ont offert un face-à-face exceptionnel, restant les yeux dans les yeux pendant plus de onze minutes sans échanger un mot. Un moment rare, presque surnaturel, qui a donné le ton de ce combat très attendu. Tyson Fury, habituellement bavard et imprévisible, s’est montré particulièrement sombre. « Cette fois, je suis sérieux. Je vais faire des dégâts ici samedi soir. Je vais infliger beaucoup de douleur », a-t-il lâché, de manière laconique. Chez lui, la provocation a laissé place à une détermination froide, loin de ses habituelles pirouettes médiatiques.
Fury, l’écorché vif
Pour Tyson Fury, ce combat représente bien plus qu’une simple revanche. À 36 ans, le « Gypsy King » a connu une carrière chaotique, marquée par des épisodes dépressifs, des problèmes d’addiction et des passages à vide. Il était resté sans défaite pendant 35 combats avant de tomber contre Usyk, même si son bilan comprenait un nul contre Deontay Wilder lors de leur premier duel. Champion WBC en titre, Fury avait conquis cette ceinture en battant Wilder, après avoir mis fin au règne de Wladimir Klitschko en 2015. Mais sa préparation pour le premier affrontement contre Usyk avait été émaillée d’incidents. Une vilaine blessure à l’œil à l’entraînement l’avait obligé à repousser le combat de trois mois. Son père, John, avait également infligé un coup de tête à un membre de l’entourage d’Usyk. Et l’on a appris plus tard que la femme de Fury avait subi une fausse couche la veille du combat. Autant d’éléments qui expliquent sans doute sa frustration et son envie d’en découdre.
Usyk, le métronome ukrainien
En face, Oleksandr Usyk affiche une sérénité déconcertante. À 37 ans, le gaucher ukrainien est devenu l’un des plus grands boxeurs de sa génération. Médaillé d’or olympique en 2012, il a d’abord régné sur les poids lourds-légers en devenant champion incontesté avant de monter dans la catégorie reine. Il a ensuite dominé Anthony Joshua à deux reprises pour s’emparer des ceintures mondiales. Son style unique, fondé sur un jeu de jambes exceptionnel, une vitesse de main rare et un cardio hors norme, a fait des merveilles face à des adversaires pourtant plus grands et plus lourds. S’il concède une quinzaine de centimètres et plusieurs kilos à Fury, il compense par son intelligence tactique et sa capacité à lire les combats. Jeudi, lors de l’entraînement public, il était souriant, dansant et faisant du shadow-boxing sur la musique du chanteur ukrainien Artem Pivovarov. « Le premier combat appartient au passé. Tout va se jouer samedi soir », a-t-il simplement lancé.
Les clés du duel
Ce combat promet une opposition de styles fascinante. Fury mise sur son allonge, son jab et sa capacité à boxer en mouvement pour éviter les échanges trop violents. Il devra également gérer la fatigue, lui qui a tendance à baisser de rythme dans les derniers rounds. Usyk, lui, cherchera à imposer un rythme élevé, à travailler au corps et à exploiter les failles de son adversaire lorsqu’il baisse la garde. L’enjeu mental sera tout aussi important. Fury est un boxeur d’instinct, capable du meilleur comme du pire selon son état d’esprit. Usyk, à l’inverse, est un compétiteur d’une régularité impressionnante, qui ne laisse jamais ses émotions prendre le dessus. Leur face-à-face prolongé en conférence de presse a montré que la tension est bien réelle.
Le rôle croissant de l’Arabie saoudite
Cette revanche se déroule une nouvelle fois en Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole. Le royaume investit massivement dans le sport pour améliorer son image et attirer les plus grands événements planétaires. Il est régulièrement accusé de « sport-washing », une stratégie consistant à utiliser le sport pour détourner l’attention de son bilan en matière de droits humains. Malgré ces critiques, Riyad est devenue l’incontestable capitale de la boxe mondiale, grâce à des bourses colossales et des mises en scène dignes de productions hollywoodiennes.
Une bourse record
Les chiffres de cette soirée sont à la hauteur de l’événement. Les médias britanniques ont évoqué une bourse totale de 150 millions de livres, soit environ 180 millions d’euros, pour ce combat. Selon plusieurs sources, Usyk devrait cette fois recevoir la plus grosse part du gâteau, contrairement au premier rendez-vous où Fury en aurait perçu 70 %. Cette dimension financière ajoute un peu plus de piment à une confrontation déjà chargée d’histoire. Une chose est sûre : le monde de la boxe aura les yeux rivés sur Riyad, samedi 21 décembre, pour savoir qui du métronome ukrainien ou du géant britannique sortira vainqueur de cette revanche très attendue.
Source:RFI News
