
Un démarrage loin des attentes
Lorsque « The Running Man » arrive sur les écrans le 14 novembre 2025, les observateurs s’attendent à un succès raisonnable. Glen Powell est alors l’un des acteurs les plus en vue d’Hollywood. Après « Top Gun: Maverick », « Twisters » et la comédie romantique « Anyone But You », sa cote ne cesse de monter. Le film peut aussi compter sur une marque familière : le roman de Stephen King, publié en 1982, a déjà donné lieu à une adaptation culte avec Arnold Schwarzenegger en 1987. Ajoutez Edgar Wright, réalisateur de « Shaun of the Dead », « Hot Fuzz », « Scott Pilgrim » et « Baby Driver », et le projet semble réunir tous les ingrédients d’un succès.
Pourtant, les chiffres sont sans appel. Avec 69,5 millions de dollars de recettes pour un budget de 110 millions, « The Running Man » n’atteint pas le seuil de rentabilité. À Hollywood, un film doit généralement rapporter au moins deux fois son budget pour couvrir les frais de production et de marketing. Dans le cas d’une superproduction à 110 millions, l’équation est encore plus difficile. Le long-métrage n’est pas le plus grand désastre financier de l’histoire, mais il reste une déception pour Paramount.
Glen Powell pointe la restructuration de Paramount
Interrogé sur cet échec, Glen Powell a avancé une explication précise. Selon lui, le studio a abandonné tout un service marketing un mois avant la sortie du film, en pleine fusion. « Ils ont supprimé tout un service marketing un mois avant la sortie de notre film, en pleine fusion », a-t-il déclaré. Une telle décision a forcément des conséquences : moins de campagnes télévisées, moins d’affichage, moins d’interviews organisées et une visibilité réduite sur les plateformes.
Cette version est corroborée par le contexte industriel. En octobre 2025, Paramount a lancé une vague de licenciements touchant plus de 2 000 employés après sa fusion avec Skydance. Des cadres des secteurs de la production, du marketing, de la musique et d’autres divisions ont été remerciés. La promotion de « The Running Man » a donc été affectée par un bouleversement interne majeur. Pour Powell, le film a payé le prix d’une guerre d’entreprise qui le dépassait.
Il faut toutefois nuancer. Un service marketing amoindri peut expliquer une partie du problème, mais il ne résume pas à lui seul un échec au box-office. D’autres facteurs sont entrés en jeu, notamment la réception critique, le bouche-à-oreille et l’environnement concurrentiel.
Un film pris entre plusieurs publics
« The Running Man » de 2025 se situe à la croisée de plusieurs héritages. Le roman original de Stephen King, écrit sous le pseudonyme de Richard Bachman, raconte une Amérique dystopique où des candidats sont traqués en direct pour une émission de télé-réalité mortelle. Le thème de la télévision comme spectacle de la violence reste pertinent, mais il a été exploité de nombreuses fois depuis les années 1980, de « Running Man » à « Hunger Games » en passant par « Black Mirror ». Le public pouvait donc avoir l’impression d’avoir déjà vu cette histoire.
L’adaptation de 1987, portée par Arnold Schwarzenegger, est devenue culte pour de mauvaises et de bonnes raisons. Elle propose une version très années 80, bourrée d’action et de répliques mémorables. Le film d’Edgar Wright, lui, cherche davantage à revenir au roman et à proposer une satire plus sombre. Ce mélange des intentions a pu dérouter une partie du public. Les fans de Schwarzenegger ne retrouvent pas le ton outrancier de l’original, tandis que les lecteurs de Stephen King attendent une fidélité que le film ne peut pas totalement offrir.
Edgar Wright est connu pour son style visuel nerveux, ses transitions inventives et son humour référentiel. Dans « The Running Man », il tente d’appliquer cette signature à un récit de science-fiction dystopique. Mais le résultat, malgré ses qualités, n’a pas suscité l’enthousiasme nécessaire. Sur Rotten Tomatoes, le film obtient un score critique de 63 %, ce qui n’est ni catastrophique ni suffisant pour convaincre les spectateurs hésitants. Un score moyen peut parfois tuer un film : il n’attire ni les curieux ni les foules.
Le bouche-à-oreille et la concurrence
Le bouche-à-oreille n’a pas non plus été au rendez-vous. Pour un film de 110 millions de dollars, il faut créer un sentiment d’événement. Or « The Running Man » n’a pas réussi à imposer cette impression. La concurrence au box-office, la fatigue des adaptations et la multiplication des sorties ont rendu le choix plus difficile pour les spectateurs. Beaucoup ont préféré attendre la disponibilité en streaming, ce qui réduit encore les recettes en salles.
Le contexte général du cinéma joue également un rôle. Les coûts de production augmentent, les campagnes marketing coûtent des dizaines de millions, et les services de streaming cannibalisent les profits. Un film à 110 millions doit être un événement mondial pour rembourser son budget. « The Running Man » n’avait pas cette aura. Il n’était ni une suite attendue, ni un nouveau chapitre d’une franchise planétaire, ni un phénomène de société. Il s’agissait d’une adaptation d’un roman ancien, portée par une star montante et un réalisateur apprécié, mais sans garantie de succès massif.
Glen Powell, malgré son charme et son énergie, n’était peut-être pas encore une valeur sûre capable d’ouvrir un film à lui seul. Les succès comme « Top Gun: Maverick » ou « Twisters » reposaient sur des marques, des effets spéciaux ou des distributions collectives. « Anyone But You » avait fonctionné grâce à un bouche-à-oreille favorable et à un genre précis. « The Running Man » demandait à Powell de porter un blockbuster de science-fiction plus sombre, un exercice différent.
Edgar Wright relativise
De son côté, Edgar Wright a pris du recul sur la performance commerciale. Il a expliqué que le box-office est souvent traité comme des résultats de football, alors qu’un film a une vie au-delà du week-end d’ouverture. Il s’est dit fier du long-métrage et a souligné qu’il y avait beaucoup de choses à en dire. Cette position est compréhensible : pour un réalisateur, le succès artistique et la reconnaissance à long terme comptent autant que les recettes immédiates.
Le scénariste de l’adaptation de 1987, Steven E. de Souza, a lui aussi commenté la version de Wright. Il a indiqué avoir lu le scénario mais ne pas avoir vu le film. Selon lui, sur le papier, la fin fonctionnait. Il a toutefois noté que même les critiques qui apprécient le film estiment qu’il trébuche dans sa dernière partie. Il a suggéré qu’un problème persistait entre la page et l’écran. Cette remarque rejoint l’idée que le film souffre d’un décalage entre ses ambitions et sa réception.
Reste un point positif : Stephen King a aimé la fin du « Running Man » d’Edgar Wright.
Source:Indigo Buzz - L'actualité high-tech, jeu vidéo, mobile,... qui buzz ! News
