
La marque américaine Alo Yoga, spécialisée dans le sportswear premium et le « wellness lifestyle », a fait de Bella Hadid le visage de sa campagne pre-fall 2026. Ce partenariat, officialisé dans un contexte géopolitique extrêmement tendu, a immédiatement suscité une vive controverse. Plusieurs organisations pro-israéliennes appellent en effet au boycott de la marque, tandis que les partisans de la cause palestinienne y voient une forme de reconnaissance pour une mannequin qui n'a jamais caché ses convictions.
Bella Hadid est l'une des personnalités publiques les plus médiatisées de sa génération. Mais au-delà de sa carrière dans la mode, elle est devenue une figure centrale du mouvement propalestinien à Hollywood et dans l'industrie du mannequinat. Son engagement assumé a déjà provoqué plusieurs polémiques, notamment avec Adidas en 2024. Le choix d'Alo Yoga l'expose à nouveau, dans une équation commerciale délicate puisque la marque compte également l'actrice israélienne Gal Gadot parmi ses ambassadrices.
Les points clés de la polémique
- Alo Yoga, marque américaine de sportswear haut de gamme, choisit Bella Hadid pour sa campagne pre-fall 2026.
- Des organisations pro-israéliennes appellent au boycott de la marque.
- Bella Hadid est une militante propalestinienne de longue date.
- Gal Gadot, égérie d'Alo Yoga, est engagée en faveur d'Israël.
- Alo Yoga fait déjà l'objet d'une polémique en Israël après des colis contenant des messages pro-palestiniens envoyés à des clientes.
- La marque n'a pas pris position publiquement.
Alo Yoga, une marque au sommet du sportswear
Alo Yoga a été fondée en 2007 à Los Angeles par Danny Harris et Marco DeGeorge. La griffe s'est rapidement imposée dans l'univers du yoga et de l'athleisure, un style vestimentaire hybride entre sport et ville. Elle est connue pour ses leggings techniques, ses soutiens-gorge de sport, ses vestes zippées et ses ensembles élégants. La marque associe souvent ses créations à des valeurs de bien-être, de respiration et de mouvement, ce qui lui permet de toucher une clientèle soucieuse d'une vie saine.
Alo a construit sa notoriété en collaborant avec des athlètes, des influenceurs et des célébrités. Ses boutiques, installées dans les quartiers chics de Los Angeles, de New York ou encore de Cannes et Saint-Tropez, en font une marque prisée des adeptes du yoga et de la mode. Elle se positionne comme une enseigne lifestyle, vendant bien plus que des vêtements : des cours en ligne, des tapis, des accessoires et toute une philosophie de vie positive.
Bella Hadid, une voix engagée pour la Palestine
Née à Washington et élevée à Los Angeles, Bella Hadid est la fille de Mohamed Hadid, un promoteur immobilier d'origine palestinienne, et de Yolanda Hadid, une ancienne mannequin néerlandaise. Elle a commencé le mannequinat à l'adolescence et est devenue l'un des visages les plus demandés des défilés de mode internationaux. Ses campagnes pour les plus grandes maisons, ses couvertures de magazines et sa présence sur les réseaux sociaux lui ont donné une influence considérable.
Tout au long de sa carrière, Bella Hadid n'a jamais dissocié son parcours professionnel de son histoire familiale. Elle a souvent évoqué ses racines palestiniennes, en particulier après les violences dans la bande de Gaza. En mai 2021, elle a participé à une manifestation propalestinienne à New York. Vêtue d'un keffieh, ce foulard traditionnel devenu un symbole de l'identité nationale palestinienne, elle brandissait un drapeau palestinien au milieu des militants.
En mai 2024, elle a récidivé sur le tapis rouge du Festival de Cannes en portant une robe rouge et blanche dont le motif rappelait clairement le keffieh. Ce geste avait déjà été interprété comme une prise de position esthétique et politique, applaudie par ses soutiens et critiquée par ses détracteurs.
Un précédent avec Adidas en 2024
Avant Alo Yoga, Bella Hadid a été au centre d'une polémique avec Adidas. En juillet 2024, la marque allemande avait lancé une campagne publicitaire autour d'une sneaker inspirée des Jeux olympiques de Munich de 1972. Or ces Jeux avaient été marqués par la prise d'otages et la mort de onze athlètes israéliens, perpétrées par un commando palestinien. La présence de Bella Hadid, mannequin propalestinienne, dans cette campagne avait provoqué la fureur des autorités israéliennes. Sous la pression, Adidas avait retiré la publicité et présenté des excuses. Bella Hadid avait alors publié un communiqué affirmant qu'elle n'aurait jamais participé à une campagne liée à une tragédie. Cet épisode reste gravé dans les mémoires.
Gal Gadot, l'autre visage d'Alo Yoga
Le choix de Bella Hadid est d'autant plus remarqué qu'Alo Yoga compte aussi Gal Gadot parmi ses ambassadrices. L'actrice israélienne, révélée au grand public par son rôle de Wonder Woman, est un symbole de la culture israélienne au cinéma. Elle a régulièrement pris la parole pour défendre son pays, notamment après l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023.
Ce jour-là, Gal Gadot a publié sur Instagram : I stand with Israel. You should too, appelant la communauté internationale à ne pas rester neutre. Elle a ensuite cosigné, avec plus de 700 personnalités d'Hollywood, une lettre ouverte de soutien à Israël, condamnant le Hamas et réclamant la libération des otages. Depuis, elle a multiplié les messages en faveur des familles des captifs, suscitant en retour des appels au boycott de la part des militants propalestiniens.
La coexistence de deux personnalités aussi opposées sur le même contrat marketing est doublement sensible pour Alo Yoga. D'un côté, la marque cherche à capter une clientèle jeune, branchée et souvent attentive aux questions de justice sociale. De l'autre, elle doit préserver ses parts de marché dans un pays où elle s'est développée et où se trouve un réseau de franchise.
Un climat déjà tendu en Israël
Alo Yoga évolue déjà sur un terrain miné. Le quotidien israélien a relayé le 6 août des appels au boycott lancés par des organisations pro-israéliennes après l'annonce du choix de Bella Hadid. Mais cette nouvelle polémique ne survient pas dans un vide. Quelques mois plus tôt, en mai 2026, au moins deux clientes israéliennes avaient affirmé avoir reçu, à la place de leurs commandes, des paquets contenant des messages propalestiniens. Selon leurs témoignages, certains messages exprimaient un soutien au Hamas, d'autres étaient ouvertement hostiles à l'armée israélienne.
StandWithUs, une organisation internationale de soutien à Israël et de lutte contre l'antisémitisme, avait réagi en lançant un appel à l'action sur les réseaux sociaux. L'organisation encourageait ses sympathisants à interpeller Alo Yoga sur Instagram, demandant à la marque d'enquêter sur ces incidents, de condamner publiquement l'antisémitisme et de mettre en place des procédures pour éviter que de tels faits ne se reproduisent.
Le franchisé israélien d'Alo avait indiqué avoir transmis l'affaire au siège mondial de la marque à Los Angeles pour examen. Quelques jours plus tard, un média américain a précisé qu'Alo n'avait pas répondu à sa demande de commentaire. À ce jour, la marque n'a pas pris de position publique, ni sur les colis, ni sur le choix de Bella Hadid.
Une polémique aux réactions contrastées
La désignation de Bella Hadid a suscité des commentaires passionnés. Les organisations pro-israéliennes y voient une provocation, tandis que les internautes favorables à la cause palestinienne saluent une visibilité inédite pour une mannequin qui a toujours revendiqué ses origines. Beaucoup pointent le fait que cette nomination intervient alors que la question palestinienne reste extrêmement sensible partout dans le monde.
Cette situation illustre les difficultés croissantes pour les grandes marques de rester neutres dans un environnement médiatique polarisé. Chaque ambassadeur, chaque campagne, chaque publication Instagram peut devenir le déclencheur d'une crise. Alo Yoga, qui a construit son succès sur une image de bien-être et de spiritualité contemporaine, se retrouve prise entre des attentes contradictoires. Ses dirigeants doivent maintenant choisir entre assumer un marketing militant, tenter de relativiser la portée politique de leurs choix ou adapter leur stratégie en fonction des marchés. La pression ne retombe pas, et pendant ce temps les consommateurs, partagés, investissent la page Instagram de la marque de leurs commentaires enflammés.
Source:FashionUnited News
