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Argentine : pourquoi le président Javier Milei se rend-il en France à partir d'aujourd'hui ?

Oct 14, 2026  Twila Rosenbaum 9 views
Argentine : pourquoi le président Javier Milei se rend-il en France à partir d'aujourd'hui ?

Pourquoi Javier Milei se rend en France

Le président argentin Javier Milei entame ce mercredi 30 septembre 2026 une visite officielle en France. Il restera à Paris jusqu'au 2 octobre pour participer au forum « Argentina Week », un événement destiné à présenter les opportunités d'investissement dans son pays. À la tête d'une délégation importante, il cherche à faire redécoller une économie argentine encore fragile malgré des indicateurs macroéconomiques en amélioration.

Ce déplacement intervient dans un contexte particulier. Le chef de l'État ultralibéral, qui se décrit comme « anarcho-capitaliste », veut montrer que le monde s'intéresse de nouveau à l'Argentine. Il doit s'exprimer devant l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), rencontrer son homologue français Emmanuel Macron à l'Élysée et recevoir un prix au Paris Economic Forum.

Les faits clés

  • Javier Milei est en France du mercredi 30 septembre au vendredi 2 octobre 2026.
  • Il participe au forum « Argentina Week » à Paris, le deuxième du genre après une édition à New York en mars.
  • Il dirige une délégation composée d'une demi-douzaine de ministres, d'une dizaine de gouverneurs de provinces — notamment minières — et de chefs de grandes entreprises.
  • Jeudi, il doit prononcer une allocution à l'OCDE et rencontrer Emmanuel Macron à l'Élysée.
  • Vendredi, il doit recevoir un prix lors du Paris Economic Forum pour « la cohérence et l'ampleur du programme économique » qu'il porte.
  • La France est le 7e investisseur en Argentine, et le 5e si l'on exclut les juridictions de transit.
  • Les investissements directs en Argentine ont bondi de 63 % en 2024, notamment dans les mines, l'énergie et l'agro-industrie.

Un voyage en quête d'investissements

L'objectif affiché de Javier Milei est simple : convaincre les investisseurs français et européens que l'Argentine est redevenue une destination attractive. Le forum « Argentina Week » doit servir de vitrine. Le président argentin y présentera les réformes engagées depuis son arrivée au pouvoir, notamment la libéralisation de l'économie, la réduction du déficit public et la dérégulation de nombreux secteurs.

La délégation qui l'accompagne témoigne de l'importance accordée à ce déplacement. Elle comprend une demi-douzaine de ministres, une dizaine de gouverneurs de provinces — dont plusieurs représentent des régions minières stratégiques — et des dirigeants de grandes entreprises argentines. Tous espèrent attirer des capitaux étrangers dans un pays qui possède d'immenses ressources en lithium, en cuivre, en hydrocarbures et en terres agricoles.

La France n'est pas un partenaire anodin. Elle est le 7e investisseur en Argentine, et même le 5e si l'on exclut les juridictions de transit comme les Pays-Bas. Les investissements directs étrangers en Argentine ont augmenté de 63 % en 2024, portés par les mines, l'énergie et l'agro-industrie. Pour Paris, l'Argentine représente un marché important, mais aussi un fournisseur potentiel de métaux critiques nécessaires à la transition énergétique.

Un agenda diplomatique chargé

Le programme de Javier Milei ne se limite pas aux rencontres économiques. Jeudi, il doit s'exprimer devant l'OCDE, une enceinte où les questions de gouvernance économique et de réformes structurelles sont centrales. Le même jour, il est reçu à l'Élysée par Emmanuel Macron pour un entretien privé. Cette rencontre devrait porter sur les relations bilatérales, les investissements et les grands dossiers internationaux.

Vendredi, le président argentin doit recevoir un prix lors du Paris Economic Forum. Le communiqué qui annonce cette distinction évoque « la cohérence et l'ampleur du programme économique » qu'il a porté comme président. Une récompense qui ne doit rien au hasard : elle vise à conforter le récit d'un dirigeant qui a fait de la lutte contre l'inflation et du retour à l'orthodoxie budgétaire sa marque de fabrique.

Pourtant, Javier Milei entretient une relation ambivalente avec l'Europe. Il y a quelques jours encore, il critiquait violemment un continent « en train de couler ». Mais selon un politologue argentin, le président a besoin de montrer que le monde ouvre sa porte à la « nouvelle Argentine » qu'il incarne. Cette visite en France sert aussi à rassurer ses soutiens et à projeter une image de dirigeant respecté à l'étranger.

Un bilan économique contrasté

Sur le front macroéconomique, les résultats sont incontestables. L'inflation, qui atteignait 161 % sur un an, a été ramenée à 33 %. Cette décrue spectaculaire est le principal argument de Javier Milei. Elle s'explique par une politique d'austérité sévère, la fin du financement monétaire du déficit et une dévaluation massive du peso au début de son mandat.

Mais ces trois dernières années d'austérité ont saigné l'industrie, l'emploi et la consommation. La pauvreté a rebondi de quatre points au premier semestre 2026, rompant avec une tendance à la baisse. Elle touche désormais près d'un Argentin sur trois. Dans le même temps, l'économie, bien qu'officiellement en croissance de 2 % sur un an, s'est contractée de 0,6 % au deuxième trimestre et de nouveau en juillet.

Le secteur industriel a perdu 90 000 emplois en trois ans, victime de l'ouverture commerciale et de la concurrence étrangère. Les mines et les hydrocarbures ont, eux, attiré une bonne partie des quelque 50 milliards de dollars de projets d'investissement. Ce déséquilibre entre secteurs exportateurs de matières premières et industrie manufacturière inquiète les partenaires de l'Argentine, dont la France.

Le pays reste marqué par des décennies de crises à répétition, d'hyperinflation et de plans de sauvetage successifs. Javier Milei a promis une rupture radicale. Il a réduit le nombre de ministères, supprimé des subventions, flexibilisé le marché du travail et ouvert l'économie. Ses partisans y voient une cure nécessaire. Ses détracteurs dénoncent un choc social dont les plus modestes payent le prix.

Les relations franco-argentines et les intérêts français

La visite de Javier Milei intervient dans un contexte où la France cherche à renforcer sa présence en Amérique latine. L'Argentine dispose de ressources stratégiques : lithium, cuivre, gaz de schiste de Vaca Muerta, agriculture. Les entreprises françaises sont présentes dans l'énergie, l'automobile, la distribution et les infrastructures. Mais elles font face à la concurrence chinoise, américaine et brésilienne.

Paris s'intéresse particulièrement aux minerais critiques. La transition énergétique européenne dépend en partie de l'accès au lithium argentin, indispensable aux batteries électriques. La France souhaite sécuriser ses approvisionnements et développer des partenariats industriels. En échange, elle peut offrir des financements, des technologies et un accès au marché européen.

Le dossier de l'accord commercial entre l'Union européenne et le Mercosur pourrait également être abordé. La France s'est montrée réticente à ratifier cet accord en l'état, notamment en raison des inquiétudes des agriculteurs français. L'Argentine, grand exportateur agricole, pousse pour une conclusion rapide. La rencontre entre Emmanuel Macron et Javier Milei pourrait permettre d'avancer sur ce sujet sensible.

Un déplacement sous tension politique

La popularité de Javier Milei est au plus bas depuis le début de sa présidence. Les sondages le créditent d'une désapprobation autour de 55 à 60 %. La présidentielle d'octobre 2027 se profile, et le risque électoral devient tangible. Le président ultralibéral bénéficie toutefois de l'absence de contre-proposition claire de l'opposition péroniste et du souvenir encore vif d'une inflation hors de contrôle.

Sa visite en France a été condamnée par plusieurs syndicats de journalistes affiliés à la Fédération internationale des journalistes. Ils y voient « une insulte à la liberté de la presse », en raison des attaques répétées de Javier Milei contre les médias. Le président argentin a régulièrement qualifié les journalistes d'« ennemis » et a remis en cause le rôle de la presse indépendante. Cette position suscite l'inquiétude des organisations professionnelles.

Pour ses conseillers, le déplacement doit surtout permettre d'annoncer de nouveaux investissements. Mais leur impact avant l'élection de 2027 sera probablement limité. Comme le note un expert, ces annonces aident surtout à construire un narratif : celui d'une Argentine qui se redresse et d'un président qui compte sur la scène internationale. Reste à savoir si les électeurs argentins, confrontés à la pauvreté et à la crise industrielle, y verront une raison suffisante de lui renouveler leur confiance.


Source:TF1 INFO News


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