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Rencontre Mohammed ben Salman-Donald Trump: Israël et Iran, deux sujets de divergence entre alliés

Aug 13, 2026  Twila Rosenbaum 5 views
Rencontre Mohammed ben Salman-Donald Trump: Israël et Iran, deux sujets de divergence entre alliés

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman effectue, ce mardi 18 novembre, sa première visite officielle aux États-Unis depuis sept ans. Reçu par Donald Trump à la Maison Blanche, il espère obtenir un pacte de défense américano-saoudien et un programme nucléaire civil soutenu par Washington. Mais cette rencontre, présentée comme une nouvelle démonstration de la proximité entre les deux dirigeants, pourrait aussi révéler des divergences profondes sur deux dossiers majeurs du Moyen-Orient : Israël et l'Iran.

Le contexte régional est particulièrement tendu depuis l'attaque terroriste du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché une guerre dévastatrice à Gaza. L'Arabie saoudite, acteur central de la région, tente de jouer un rôle modérateur tout en défendant ses intérêts stratégiques. Pour Riyad, la question palestinienne demeure la clé de toute normalisation avec l'État hébreu, un point sur lequel Mohammed ben Salman ne semble pas prêt à céder face à son hôte américain.

Une visite très attendue après des années de turbulences

Cette visite marque un tournant diplomatique pour le prince héritier saoudien, souvent désigné par ses initiales MBS. Il s'agit de son premier déplacement à Washington depuis 2018, l'année de l'assassinat du journaliste dissident Jamal Khashoggi. Cet épisode avait fait de Mohammed ben Salman un dirigeant peu fréquentable dans de nombreuses capitales occidentales. Les services de renseignement américains avaient imputé la mort du journaliste au prince héritier, une accusation fermement rejetée par Riyad.

Depuis, la donne a changé. Le Moyen-Orient a été profondément bouleversé par les conséquences des attaques du 7 octobre 2023. La guerre à Gaza, les frappes israéliennes au Liban et en Syrie, la chute du régime de Bachar el-Assad et l'affaiblissement du Hezbollah ont redessiné les équilibres régionaux. Dans ce chaos, l'Arabie saoudite apparaît comme un interlocuteur incontournable pour les Occidentaux, notamment pour la France et les États-Unis.

Donald Trump, qui a toujours cultivé une relation personnelle avec la famille royale saoudienne, espère bien capitaliser sur cette visite. Selon des informations rapportées par la presse internationale, le président américain rêve de parachever les accords d'Abraham, conclus en 2020 sous son premier mandat, qui avaient permis aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et au Maroc de normaliser leurs relations avec Israël. Une normalisation avec l'Arabie saoudite, plus grande puissance arabe, serait un succès diplomatique majeur pour l'administration Trump.

La normalisation avec Israël conditionnée à un État palestinien

Longtemps, Riyad a posé une condition explicite à toute normalisation : la création d'un « chemin clair vers un État palestinien ». Désormais, le royaume exclut tout rapprochement avec Israël si l'État hébreu continue d'empêcher la création d'un État palestinien indépendant. Les responsables saoudiens répètent à l'envi que la paix doit passer par une solution à deux États, conformément aux résolutions internationales.

Cette position est devenue une véritable ligne rouge, alors que la guerre à Gaza a provoqué une indignation massive dans le monde arabe. Selon un chercheur français invité à l'Académie diplomatique saoudienne de Riyad, « l'Arabie saoudite ne voit pas seulement la guerre à Gaza et l'occupation de la Cisjordanie, elle voit aussi la déstabilisation de toute la région » à travers les actions d'Israël. Le royaume craint qu'une politique israélienne trop agressive ne nourrisse l'extrémisme et ne fragilise encore davantage les équilibres régionaux.

Mohammed ben Salman n'est pas nécessairement hostile à l'idée d'une normalisation, mais il refuse de donner à Benyamin Netanyahu une victoire symbolique. Le premier ministre israélien, impliqué dans plusieurs scandales politiques et judiciaires, pourrait être fragilisé par les élections israéliennes prévues en 2026. MBS espérerait ainsi que le gouvernement israélien évolue vers une position plus modérée, ce qui faciliterait une éventuelle normalisation. En attendant, la pression sur les États-Unis est réelle : Washington ne peut pas forcer Riyad à signer un accord dans les conditions actuelles.

L'Iran, un dossier de divergence majeur

Au-delà de la question israélo-palestinienne, les visions de Donald Trump et de Mohammed ben Salman divergent également sur le rôle de l'Iran dans la région. La République islamique a subi de multiples revers ces derniers mois : bombardée par Israël et les États-Unis, elle a aussi souffert de la chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie et de l'affaiblissement du Hezbollah libanais, défaite militairement par les bombardements israéliens. Toutefois, l'Iran reste une puissance régionale majeure, capable de déstabiliser le golfe Persique et de menacer les voies maritimes.

Selon le même chercheur, le prince héritier saoudien arrive à Washington porteur d'une proposition de médiation entre l'Iran et les États-Unis. Téhéran et Riyad ont en effet entamé un rapprochement depuis quelques années, après une période de franche hostilité. L'accord de normalisation conclu en mars 2023 sous l'égide de la Chine avait déjà surpris le monde entier. Les deux pays partagent désormais un intérêt commun à éviter une escalade régionale qui pourrait leur échapper.

« L'Arabie saoudite souhaite à tout prix éviter une déstabilisation de l'Iran », analyse l'expert. Un effondrement complet de la République islamique pourrait entraîner une guerre civile, des flux massifs de réfugiés et une instabilité durable aux frontières du royaume. Cette perspective s'oppose totalement à celle d'Israël, qui ne verrait pas d'un mauvais œil la disparition de son principal ennemi régional. Les États-Unis, eux, semblent poursuivre une politique ambivalente, oscillant entre pressions maximales et offres de négociation.

La question syrienne constitue un autre point de friction. Après la chute de Bachar el-Assad, l'Arabie saoudite s'investit massivement pour tenter de « remettre sur pied la Syrie », selon les mots du chercheur français. Le royaume veut éviter que ce pays ne devienne un foyer de déstabilisation permanente, notamment à cause du narcotrafic et des groupes djihadistes. Mais cette priorité saoudienne est largement contrariée par les raids israéliens en territoire syrien, qui se sont multipliés au cours de l'année écoulée. Israël cible notamment des positions iraniennes et des convois d'armes destinés au Hezbollah, ce qui fragilise les efforts de reconstruction saoudiens.

Des intérêts économiques pour adoucir les divergences

Malgré ces différends, la relation entre Mohammed ben Salman et Donald Trump reste marquée par une forte dimension personnelle et économique. Au printemps dernier, le prince héritier avait offert au président américain un accueil somptueux à Riyad, ponctué par des promesses d'investissements massifs de 600 milliards de dollars aux États-Unis. Ces annonces ont renforcé l'image d'un couple exécutif soudé, prêt à conclure des accords concrets dans les domaines de la défense, de l'intelligence artificielle et de la technologie.

Un pacte de défense entre les deux pays est l'une des demandes clés de Riyad. En échange d'une alliance militaire renforcée, Washington pourrait obtenir des garanties sur les prix du pétrole et la stabilité des marchés de l'énergie. Les Saoudiens espèrent également que les États-Unis soutiendront leur programme nucléaire civil, en vue notamment d'enrichir de l'uranium sur leur sol. Un tel projet suscite l'inquiétude d'Israël et de certains membres du Congrès américain, qui craignent une prolifération nucléaire dans la région.

Le président américain, de son côté, voudrait présenter cette visite comme une victoire personnelle, en montrant qu'il est capable de maintenir l'influence américaine au Moyen-Orient tout en éloignant ces pays de la Chine et de la Russie. L'Arabie saoudite, membre de l'Opep, joue un rôle déterminant dans l'équilibre énergétique mondial, et aucun locataire de la Maison Blanche ne peut se permettre de l'ignorer.

Au-delà des déclarations officielles, cette rencontre de la Maison Blanche sera observée de très près par toutes les capitales régionales. Les dirigeants arabes attendent de voir si Donald Trump parviendra, ou non, à infléchir la position saoudienne sur la Palestine. En coulisses, les diplomates évoquent la possibilité d'un « grand marchandage » incluant la reconnaissance d'un État palestinien par les États-Unis, une aide économique massive pour Gaza et un accord de sécurité américano-saoudien. Mais Mohammed ben Salman paraît déterminé à ne rien concéder sur les droits des Palestiniens, car il sait que son image de leader arabe en dépend.

Cette visite est donc loin de se résumer à une simple séance photo. Les divergences entre les deux dirigeants, bien réelles, pourraient même s'accentuer au fil des discussions. Pour l'Arabie saoudite, la stabilité régionale passe par un règlement du conflit palestinien et par une désescalade avec l'Iran. Pour les États-Unis, la priorité reste de consolider leur hégémonie face à la Chine et de protéger Israël. Ces priorités ne sont pas nécessairement contradictoires, mais elles nécessiteront des compromis difficiles des deux côtés.

Dans les mois à venir, la capacité de Donald Trump à naviguer entre ses alliés saoudiens et israéliens sera déterminante. Le président américain devra jouer les équilibristes entre le royaume saoudien, qui investit dans la reconstruction syrienne, et Israël, qui poursuit ses frappes pour démanteler les infrastructures iraniennes. Si la visite de mardi permettra probablement d'afficher une unité de façade, elle aura surtout mis en lumière les lignes de fracture qui traversent le Moyen-Orient et qui ne demandent qu'à resurgir.


Source:RFI News


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