Alors que la Corée du Nord est confrontée à une vague de chaleur extrême, le régime de Kim Jong-un a choisi un remède pour le moins surprenant : transformer les chiens en soupe. Le journal d'État Rodong Sinmun a publié une interview d'un médecin réputé du pays, encourageant la population à préparer ce plat traditionnel pour lutter contre les effets de la canicule. Ce conseil intervient au moment où la péninsule coréenne subit sa pire vague de chaleur depuis plus d'un siècle, avec des températures record qui mettent à l'épreuve les infrastructures sanitaires et agricoles.
Les points clés à retenir
- Le journal d'État nord-coréen Rodong Sinmun recommande la soupe de chien comme remède contre la chaleur.
- Un médecin cité par le quotidien affirme que ce plat est « très nutritif » et aide contre les symptômes du coup de chaleur.
- Kim Jong-un, amateur de ce mets, le sert lors de ses dîners officiels.
- La péninsule coréenne subit sa pire vague de chaleur depuis plus d'un siècle.
Une recommandation sanitaire présentée comme scientifique
Selon le quotidien officiel, la soupe de chien, traduite par « soupe de viande sucrée », serait une option alimentaire « très nutritive ». Le médecin interrogé affirme que ce mets peut aider à combattre les symptômes du coup de chaleur, notamment « les maladies cardiovasculaires, le diabète et l'hyperthyroïdie ». Ces affirmations ont été reprises par le Rodong Sinmun comme un avis médical, sans qu'aucune étude scientifique ne soit citée à l'appui.
Dans la médecine populaire coréenne, la viande de chien est consommée depuis des siècles pour ses vertus supposées. On lui prête notamment des propriétés aphrodisiaques et stimulantes pour le système immunitaire. Ces croyances sont particulièrement répandues pendant l'été, car la consommation de ce plat chaud est censée aider le corps à réguler sa température et à résister à la chaleur. Ce principe, proche de l'adage selon lequel il faut « lutter contre le feu par le feu », est au cœur des conseils prodigués aux Nord-Coréens.
Le quotidien officiel précise que ce plat est connu sous le nom de dangogi guk, que l'on peut traduire par « soupe de viande sucrée ». Cette appellation est en réalité un euphémisme utilisé pour désigner la viande de chien, dont le nom coréen dangogi signifie littéralement « viande douce » ou « viande sucrée ». Cette terminologie témoigne de la volonté de banaliser la consommation de cette viande dans le cadre d'une tradition culinaire nationale.
Le dangogi guk, un mets apprécié par Kim Jong-un
Le plat recommandé est une soupe préparée avec de la viande de chien, des légumes et des épices, souvent servie accompagnée de pâte de soja et de riz. À Pyongyang, un restaurant spécialisé dans ce met serait très prisé des dignitaires du régime. Kim Jong-un est connu pour être un grand amateur de soupe de chien. Selon les informations disponibles, il la ferait servir lors de dîners officiels et de grandes réceptions. Ce goût personnel contribue à inscrire ce plat dans une certaine normalité culinaire et politique.
La consommation de chien est loin d'être marginale sur la péninsule coréenne. Des pratiques similaires existent en Corée du Sud, bien que leur fréquence ait considérablement diminué au cours des dernières décennies. Dans le Nord, la viande de chien est parfois considérée comme une source de protéines plus accessible que le bœuf ou le porc, notamment pendant les périodes de pénurie alimentaire. Des chroniques de l'époque de Koryo (918-1392) font déjà mention de plats à base de viande de chien, et certaines sources évoquent une tradition remontant à la période des Trois Royaumes de Corée, soit plusieurs siècles avant notre ère.
Traditionnellement, les Coréens consomment des plats chauds pendant les trois périodes les plus chaudes de l'été, appelées chobok, jungbok et malbok. Le dangogi guk est l'un de ces plats, aux côtés du samgyetang, une soupe de poulet au ginseng. Cette pratique est basée sur l'idée que la consommation d'aliments chauds permet au corps de mieux évacuer la chaleur interne et de résister aux températures extérieures élevées. C'est exactement cette logique que le régime nord-coréen cherche à promouvoir aujourd'hui.
Une canicule historique sur la péninsule
La péninsule coréenne traverse actuellement une crise climatique majeure. Les températures enregistrées ces dernières semaines sont les plus élevées depuis plus d'un siècle. Dans certaines régions, le thermomètre a dépassé les 40 degrés Celsius, un niveau rarement atteint dans cette partie de l'Asie de l'Est. Cette chaleur extrême a des conséquences dramatiques sur les terres agricoles. Les récoltes de maïs, de riz et de légumes sont menacées par la sécheresse, ce qui pourrait aggraver une situation alimentaire déjà fragile en Corée du Nord.
Les hôpitaux, débordés, accueillent un nombre croissant de patients souffrant de déshydratation, d'insolation et de complications liées à la chaleur. Les personnes âgées, les enfants et les travailleurs en plein air sont particulièrement vulnérables. Au Sud, la Corée du Sud subit également des vagues de chaleur meurtrières. Les autorités sud-coréennes ont mis en place des mesures d'urgence, comme l'ouverture de centres de refroidissement et la réduction des horaires de travail en extérieur. Cette situation commune ne rapproche pas pour autant les deux pays, mais elle illustre l'ampleur du dérèglement climatique dans la région.
La sécurité alimentaire comme toile de fond
Au-delà de la simple recommandation sanitaire, cette incitation à consommer de la soupe de chien doit être replacée dans le contexte plus large de la sécurité alimentaire nord-coréenne. Le pays souffre de pénuries chroniques depuis la grande famine des années 1990, qui aurait causé la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes. Depuis, le régime n'a jamais réussi à garantir une alimentation suffisante pour l'ensemble de la population. Les aides alimentaires internationales, souvent suspendues en raison des sanctions et des tensions politiques, ne suffisent pas à combler les déficits.
Dans ce contexte, les autorités encouragent la population à trouver des sources locales de protéines. Élever des chiens pour leur viande présente l'avantage de ne pas nécessiter d'infrastructures lourdes ni d'aliments importés. Les animaux peuvent être nourris avec des restes de cuisine et des céréales locales, ce qui en fait une option appréciée dans les zones rurales. Le Rodong Sinmun joue un rôle clé dans la diffusion des consignes officielles. En matière de santé publique, ses conseils sont généralement suivis avec une grande docilité par la population. La publication de cette interview peut donc être considérée comme une consigne quasi impérative, même si elle est présentée sous la forme d'un avis médical.
Les controverses autour de la consommation de chien
La consommation de chien suscite de vives réactions à l'étranger. De nombreuses organisations de protection des animaux dénoncent les conditions d'élevage et d'abattage de ces animaux, qui peuvent être particulièrement cruelles. Des campagnes internationales ont été menées pour encourager les autorités nord-coréennes à interdire cette pratique, jusqu'ici sans résultat visible. Dans la société nord-coréenne, le chien n'est pas perçu comme un animal de compagnie au même titre que dans les cultures occidentales. Il est avant tout considéré comme une ressource alimentaire, au même titre que le porc ou le poulet
Source:Seneweb News
